DISCOURS DE M. GNAMIEN KONAN
PARIS, 120 Rue Lafayette, 1Oème Arrdt
Samedi, le 29 mars 2008 à 15H

Mesdames,
Mesdemoiselles,
Messieurs.
C'est avec une grande émotion que je prends la parole devant vous cet après midi, chers frères et sueurs pour des échanges que je souhaite fraternels et fructueux.
J'éprouve de l'émotion parce que, m'a-t-on dit, vous êtes venus de partout : des banlieues, de provinces, de Belgique, d'Italie, etc. Certains sont ici dans cette salle par sympathie pour ma modeste personne ; d'autres, par simple curiosité ; d'autres encore ont accepté l'invitation par politesse.
Dans tous les cas, je voudrais remercier chacune et chacun d'entre vous pour sa présence, pour l'amitié et l'effort fournis.
Beaucoup parmi vous ne sont pas venus ici par amour pour la France ou pour le froid. C'est pour fuir la misère et le chômage. Pour d'autres, c'est pour fuir la guerre. Vous avez droit à notre estime et notre soutien.
Je voudrais remercier le Comité d'Organisation pour avoir réussi cette prouesse en un temps record. Je sais les sacrifices qu'ils ont dû faire, connaissant les contraintes de la vie en Europe.
Je voudrais remercier Madame Claudine YEBOUE, Présidente de l'Association «IVOIRIEN, MOBILISE-TOI ! » et, à travers elle, toute son équipe.
Je n'oublie pas de m'excuser auprès des personnes qui, au petit matin du mardi 25 mars, sont allées m'accueillir à l'aéroport de Roissy Charles De Gaulle alors que c'est seulement le soir de ce jour-là que je prenais l'avion pour arriver le 26 mars. Malgré tout, certains frères et soeurs sont revenus le lendemain pour m'accueillir. Je vous l'avoue, j'en ai été très touché !
Merci pour votre fraternité et votre solidarité.
Ressortissants d'un pays en crise, déchiré, il est salutaire que nous renforcions notre solidarité si nous voulons sortir définitivement un jour de cette crise. Nous allons repartir de loin, de très loin même ! Ne l'oublions jamais, cette crise est aussi la crise du «Chacun pour soit» et du «Tout pour nous seul».
C'est pourquoi, je souhaite qu'en France, qu'au-dessus des associations régionales ou ethniques qui sont de bonnes bases, il y ait la Coordination des Ivoiriens de France, très forte et celle des Ivoiriens de la diaspora. Evitons, j'allais dire, bannissons les clans. Je voudrais rendre, devant vous, un hommage particulier aux frères qui sont venus de Côte d'Ivoire m'écouter ou me soutenir. Notre pays a son destin en mains, dans ses seules mains !
Tout dépend de chacune et de chacun d'entre nous, du plus petit au plus grand et cela, ne l'oublions jamais!
Remercions ensemble les autorités parisiennes qui ont permis cette rencontre d'échanges.
Vous avez choisi comme thème pour cette rencontre «Côte d'Ivoire : défis d'aujourd'hui et de demain».
C'est un beau thème, un thème pertinent. Mais je ne suis pas conférencier ; je ne suis pas un intellectuel ; je suis douanier. C'est donc à une causerie à bâton rompu sur ma vision, sur notre vision pour notre pays que je voudrais à mon tour vous convier. Vous le savez tous grâce aux medias et Internet, Monsieur GNAMIEN KONAN, votre serviteur, est candidat à la candidature pour la magistrature suprême. En vérité donc, au cours de ces échanges, nous ne pouvons éviter mes motivations et ma vision. Côte d'Ivoire: défis d'aujourd'hui et de demain. Malheureusement pour nous, à la dimension du monde qui change vite, aujourd'hui très vite, de plus en plus vite, les défis de demain sont déjà ceux d'aujourd'hui. Il faut donc nous surpasser, faire des sacrifices douloureux pour surmonter les défis d'aujourd'hui si nous n'avons pu relever ceux d'hier.
Les défis d'aujourd'hui, c'est retrouver à tous prix la paix, notre seconde religion. Voyez-vous, pour cela, il faut qu'elle devienne la première religion. Nous sommes allés trop loin en jouant avec le feu. Sous le prétexte de vouloir servir la Côte d'Ivoire, sous le prétexte de vouloir la sortir du sous-développement, certaines personnalités ont exacerbé nos petites différences superficielles en les exploitant politiquement, j'allais dire machiavéliquement jusqu'à monter les Ivoiriens les uns contre les autres.
Depuis le départ d' Houphouët BOIGNY il y a de cela 15 ans, trois principaux acteurs se disputent le fauteuil présidentiel ; je dis bien fauteuil ! Ils sont toujours Deux contre Un, celui qui est au pouvoir. Tous les moyens sont bons, sauf les moyens démocratiques. Tous les adjectifs sont permis : climat d'affrontement et de haine entretenu par une presse alimentaire avec des attaquants de plume, que dis-je, de pointe, de jeunes diplômés sans emplois.
Un sage disait et je cite: « Dis-moi quelle est ta jeunesse et je te dirai quelle sera ta nation».
Je crois qu'aujourd'hui, pour la Côte d'ivoire, on peut paraphraser en disant « Dis-moi quelle est ta presse, fais-moi voir ta presse et je te dirai quelle sera ta nation ».
Revenons-en aux trois (3) ! Vu l'état de leurs rapports ; vu qu'aucun d'entre eux n'envisage de perdre les prochaines élections, qui peut dire si ces élections auront lieu un jour et de plus qu'elles ramèneront la paix ?
Il faut à tous prix leur rendre hommage pour tout ce qu'ils ont fait et continuent de faire pour la Côte d'ivoire et leur demander ensuite de se reposer à présent !
Si un seul de ces trois prends le pouvoir, sa priorité sera de protéger ce pouvoir par tous les moyens au détriment des autres priorités : au détriment de l'école, de la santé, des infrastructures, donc au détriment du développement économique. Ça, c'est une évidence,
chers frères et sœurs !
Or il y a tellement d' Ivoiriens, jeunes et compétents, qui ont prouvé leur amour pour la Côte d'ivoire et leur envie de la servir !
Voici le premier défi, il s'agit de changer démocratiquement, j'insiste sur le mot démocratiquement. C'est-à-dire par la décision du peuple ! Changer les leaders et la classe politique qui ont échoué et nous ont conduit dans la guerre et à l'exile politique et économique.
Il faut refaire le casting politique !
Le second défi est le développement économique. Je rappelle que le premier défi que j'ai annoncé est un préalable.
A mon sens, le développement économique en Côte d'ivoire et en Afrique passe par l'instauration sans fioriture de la bonne gouvernance. Je ne pense pas que c'est en criant tous les jours «Oh voleurs ! Oh détourneurs de deniers publics ! Oh grosses maisons ! Oh
grosses voitures» que l'on va régler le problème. Aujourd'hui dans le monde, l'autre nom de la bonne gouvernance, c'est le e-Gouvernement, c'est-à-dire le Gouvernement électronique. Le e¬-Gouvernement, c'est l'utilisation des Technologies de l'information et
de la Communication (NTIC) par les Administrations Publiques afin d'améliorer le fonctionnement de l'Etat.
Comment croyez-vous qu'un non douanier comme moi a pu augmenter les recettes douanières de 60% en sept ans ? Comment il a pu augmenter les recettes à l'importation de 90% avec un pays coupé en deux et une TVA qui a baissé de deux points ? Comment
pensez-vous qu'il a fait pour augmenter les recettes sur les véhicules de 233% en deux ans avec un nombre de véhicule immatriculé en baisse ? Eh bien, c'est surtout grâce à l'informatique et aux TIC !
Alors, je dis que je veux sauver mon pays à un autre niveau. Mais certains ont déjà l'insomnie et d'autres menacent : il faut le limoger.
Je vous le dis :
- si mon départ peut apporter le désarmement, qu'ils le fassent !
- si mon départ peut réunifier le pays, qu'ils le fassent !
- si mon départ peut faire organiser les élections, qu'ils le fassent !
- si mon départ peut ramener la paix, qu'ils le fassent !
- si mon départ peut permettre d'augmenter le salaire des fonctionnaires, qu'ils le fassent !
- si mon départ peut créer du travail pour les Ivoiriens, alors, qu'ils le fassent aujourd'hui même!
Sinon, qu'ils regardent la poutre qui se trouve dans leurs yeux au lieu de chercher la paille dans l'océan de la misère du peuple !
Si j'avais passé mon temps à stigmatiser les comportements et à dénoncer la corruption, nous en serions encore au même stade.
Il s'agit donc de moderniser l'Etat, la gestion des affaires publiques et de relancer la machine économique. Ce n'est pas avec des hommes de 70 ans que l'on modernise. Ça c'est un constat !
C'est la deuxième raison et non des moindres de faire un nouveau casting politique.
Avec la paix, c'est 5 points de croissance économique !
Avec la bonne gouvernance par la modernisation, c'est également 5 points de croissance économique !
Et 5+5, cela fait bien 10 points. Donc la Côte d' Ivoire a les moyens en moins d'une année de passer d'une croissance économique de 1 à 10% ; c'est la vérité que je vous dis !
C'est cela qui va permettre aux Ivoiriens de trouver du vrai travail, de la vraie liberté, la vraie dignité ! C'est cela qui va permettre à l'Etat de construire des routes, des ponts, des hôpitaux, des écoles etc. Car c'est cela qui donne les moyens de la politique, sinon la politique se résumera en une foire aux promesses.
Je vous parle de choses réalisables en 12 mois. Ce sont des préalables, avant de parler de projets de société. Car le travail, l'emploi pour les jeunes et les moins jeunes doit être au cœur de notre projet !
C'est le travail des Ivoiriens qui construira notre beau pays ! Ce n'est ni le travail des Chinois, ni celui des Français, ni celui des Guatémaltèques !
C'est pourquoi, je ne saurais terminer cette intervention sans vous rappeler que la crise Ivoirienne est aussi une crise morale, la crise de la facilité, de la paresse, de la cupidité, du racket.
Comment voulez-vous que les investisseurs viennent chez nous si plus de trois semaines après leur arrivée en Côte d'Ivoire, nos forces de l'ordre leur réclament sur nos routes, aux points de contrôles, des certificats ou carnets de vaccination ?
Je m'en voudrais de vous faire croire que ma politique est la politique de «Y a qu'à ... ».
Nous devons changer, changer de mentalité ; nous devons développer en nous la mentalité du travail, de l'effort et surtout le sentiment d'appartenir à une nation à construire en équipe. Faisons comme au village ; quand nos parents avaient une case à construire, c' est tout le village qui se mettait à la tâche. C'est cela la solidarité dont nous avons besoin !
Il n'y a pas de gâteau à partager ! Tenez, depuis que je nourris cette ambition, certains viennent en courant. Il a volé l'argent et il est devenu riche ; allons prendre notre part ! Erreur de Gaou !!! On ne peut pas suivre deux lièvres à la fois ; on ne peut pas servir deux maîtres ; on ne peut pas servir l'Etat et se servir ! Je me suis levé en espérant que les Ivoiriens vont me suivre et qu'ensemble nous allons nous battre pour que notre pays devienne rapidement l'égal des autres et entraine l'Afrique Noire avec lui. C'est un projet collectif. Je ne vous paierai pas, même si je le pouvais, pour que vous me donniez l'obligation de vous servir. Vous allez cotiser pour ma campagne car je travaillerai pour vous. Je créerai des écoles et des emplois pour vos enfants. Je vous rendrai compte !
C'est pour cela je dis que Pierre n'est pas plus responsable que Séry ou Koffi. C'est à nous de choisir notre démocratie ; est-ce que nous voulons la démocratie du développement ou la démocratie du ventre ou des ethnies ?
Notre credo: « Servir son pays comme si l'on rendait un culte à Dieu ! ».
Chères sœurs et chers frères, si dans mes propos, j'ai frustré quelqu'un, qu'il m'en excuse! Si j'ai blessé l'un d'entre vous, je lui demande pardon.
Tout ce que j'ai dit, ce sont des propositions ; on peut être d'accord ou contre. Mais nous devons rester unis car nous sommes des frères, descendants des mêmes ancêtres et du même Dieu. Je vous remercie.

GNAMIEN KONAN